Résumé éditeur
Qu'est-ce que la poésie ? Y a-t-il des génies en art et pourquoi le sont-ils ? L'histoire de l'art est-il un progrès de l'art sur lui-même ? Et ceux qui bouleversent l'ordre établi des choses, comment sont-ils reçus en leur temps ? William Shakespeare est comme le testament de Victor Hugo, ou bien son esthétique. On y voisine Eschyle, Rabelais, Cervantès, les apôtres et les prophètes, les vieux Romains, l'ombre de Molière, autant que Shakespeare lui-même : mais à chaque pas, la récompense est là qu'est-ce qu'être poète, qu'est-ce que cela suppose vis-à-vis de soi-même. Il n'y a pas de triche. C'est juste, ici, que la matière est plus haute, plus lourde, plus vertigineuse qu'ailleurs. Un enchantement de prose, parce qu'elle parle de l'art d'écrire, de jouer, d'attraper le monde à bras le corps avec des mots. Hugo vient d'arriver dans son exil de Guernesey, accueilli par l Angleterre, il contemple la mer tandis que son fils traduit Shakespeare. Et pour parler de Shakespeare, ce dont il va parler c est de la création poétique elle-même. Et d abord en élargissant le cercle : à ce niveau, la création est a-historique : dans le sublime, tous sont égaux, dira-t-il. Et le tous c est les prophètes et la secousse ou le tremblement qu Isaïe ou Job inaugurent dans la Bible. C est Homère, puis Eschyle. Hugo élargit le cercle au Maharabatha, aux anonymes auteurs des Vedas. Il suit l invention littéraire dans sa genèse progressive et comment, d oeuvre à oeuvre, elle se rejoue dans un nouveau rapport au monde, plus serré, plus concret dans la représentation : encadrant Shakespeare, voilà Rabelais, voilà Cervantès. Cette écriture sismique qu il pousse littéralement devant lui, pour la faire venir à bras à l endroit de la fouaille, du chantier, de l édifice des autres, suffirait à faire de William Shakespeare un des grands textes de Hugo. Mais parler de la création poétique c est appréhender justement ce rapport au monde. Alors vient la 2ème partie. Le texte qui l inaugure, L art et la science , est souvent re...