Il n'existe pas de « rapports par-delà la violence entre les hommes » (Sartre), mais seulement des relations au sein desquelles ceux-ci s'avèrent capables de la transformer. Souvent lieu de jeux d'influence et de persuasion, intrinsèquement lié à la violence puisqu'il en est à la fois la cause et l'effet, le langage est un instrument qui assujettit l'homme au réseau des différences et des divisions propre au pouvoir. Cependant, exercer l'art de manipuler les mots peut aussi devenir un acte de résistance à la bêtise du pouvoir, non seulement parce que cet art seul peut en renverser la manière de décrire et donc d'ordonner le réel, mais encore parce qu'il constitue un antidote à la violence, une technique capable de la désamorcer, de la modifier et même de la transmuer. Tout en étant moyen et exercice du pouvoir, le langage est donc en même temps l'unique contre-pouvoir possible. Eleonora de Conciliis décortique ainsi le dispositif subjectivant qu'est l'écriture, « cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique, qui permet d'entendre la langue hors-pouvoir » (Barthes), ce rituel ardu et vertigineux qui laisse éclore les plus sublimes des métamorphoses.
Sujets :Création littéraire · Philosophie · Sublime (littérature)
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