baryton et piano
Je suis venu à Reverdy – tard, passé la vingtaine – par deux vers des Ardoises du toit, que je feuilletais au hasard chez un ami: «Le dernier clocher resté debout / Sonne minuit.» J'ignore à quoi renvoyaient en moi, à quel recoin d'ombre et de cendre, ces mots si simples, si nus, à une époque où Mallarmé et Saint-John Perse se disputaient ma mémoire – et mes miroirs. Je n'eus de cesse de mettre en musique ce poème, «Son de cloche», à marches forcées. Je n'ai pas gardé cet essai de jeunesse ; je ne me souviens que de ses faiblesses, de son entraînement au mélo. C'était méconnaître le poète, qui, si violemment que le remuent les êtres et les événements, répugne au pathos, aux effets de manche, et d'oreille… Les trois mélodies que je présente ici, composées dix ans plus tard et tirées du même admirable recueil, n'ont peut-être pas rompu avec ces défauts, exacerbés par des textes qui parlent tous de nuit, de solitude et d'effroi. Du moins tâchent-elles de réussir à leur tour, par la vertu des notes, « cette transmutation opérée sur les choses par la vertu des mots », comme Reverdy définissait lui-même sa poésie.
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