En 1525, le prédicateur Thomas Münzer prend la tête d'un soulèvement armé regroupant des ouvriers des mines, des paysans, des hommes du commun. Il traverse l'Allemagne des rives du lac de Constance jusqu'à la Thuringe et la Franconie. Ses cibles, ce sont les seigneurs féodaux et le clergé, diabolique ramassis d'« anguilles » et de « serpents ». Cet épisode est passé à la postérité sous le nom de « guerre des paysans ». Il s'achève en mai 1525 avec la bataille de Bad Frankenhausen, qui signe l'écrasement de l'insurrection. Arrêté, Thomas Münzer est alors torturé, puis décapité. Entre occultations, oublis et résurgences, Münzer est devenu l'un des noms à travers lesquels se déploient les aspirations, les craintes et les affrontements internes à la politique moderne. Pour la pensée libérale du XXe siècle, il n'est qu'un vulgaire terroriste, un fanatique, précurseur du totalitarisme. Ernst Bloch prend toute cette tradition à contre-pied. Il montre qu'en prônant avec intransigeance une lecture littérale de la Bible, c'est l'égalité concrète de tous avec tous que revendiquait Münzer. Ce qui en fait une figure éternelle de l'utopie, une allégorie de l'émancipation populaire, dont ce maître ouvrage expose avec brio les enseignements.
Sujet :Critique et interprétation
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