Silence ! a-t-on envie de dire devant le mystère de cette couverture avec cette belle hirondelle qui fend le bleu profond d'un ciel et ce mot, ce titre qu'on ne sait prononcer : Theferless. Silence encore, devant cette première double page emplie de silhouettes d'arbres sombres qui laissent découvrir une petite maison rouge et un sentier à la forme d'huit couché, jaune. Ce sont les habitants de la maison que le texte présente sur la blancheur soudaine de la double page suivante. Mais, ces mots, il faut les dire à haute voix, se laisser guider par leur sonorité, par le rythme que l'écriture et la mise en pages imposent tout naturellement. On entre alors dans un monde peuplé de personnages sans nom, d'archétypes : le père, la mère, la vieille, la mort, l'enfant. Seul le chat qui a deux poissons dans le ventre a un nom, Moby Dick. La grand-mère a "la caboche en moineau" dit le père, la mère tricote en psalmodiant de beaux noms de fleurs. Tout l'hiver ils soignent Theferless, l'hirondelle blessée ramenée par le chat. L'été venu, elle annonce qu'elle doit partir. Et l'oiseau leur ouvre l'infini des bleus de la mer et du ciel. On est bouleversé devant la force de ces images et de cette poésie.
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