Si l'on s'attache aux mots, il n'existe pas de « précarité » avant les années 1970. C'est à cette période qu'est thématisé pour la première fois, au moyen de ce terme, le problème de la qualité de l'emploi et de l'instabilité des conditions sociales d'existence. Dans les faits pourtant, la précarité existe dans les sociétés occidentales capitalistes avant les années 1970, et dans d'autres espace-temps. Ils sont le théâtre des conditions assujettissantes du travail et de la vie en société. Qu'ont alors de spécifique les formes d'organisation « précaires » de nos sociétés contemporaines ? Cet ouvrage repart du contexte qui voit émerger la notion de « précarité » et la rattache à nouveaux frais à la flexibilité néolibérale dont elle est le pendant. Il revient sur les différents diagnostics émis au cours du temps par différents acteurs, à commencer par les sociologues. Mais l'enjeu n'est pas seulement diagnostique, il est aussi critique, car la « précarité » dénonce les conditions dégradées qu'elle cherche à saisir. Or, formuler une critique exigeante de la précarité implique, au regard d'une tradition philosophique qui s'interroge sur le sens de l'émancipation, que certains modèles critiques sont plus pertinents et efficaces que d'autres. À la croisée de l'épistémologie des sciences sociales et de la philosophie sociale, cet ouvrage analyse et évalue différents modèles historiques de la critique de la précarité et invite à la reconsidérer au prisme de la dépossession.
Sujets :Exclusion sociale · Pauvreté · Philosophie sociale
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