Puissances de l'art ou la Lance de Télèphe est un essai au meilleur sens du mot. Sans thèse à exposer, mais avec plusieurs fils à suivre et noeuds à démêler, il cherche, digresse, revient sur ses pas, ouvre de nouveaux chemins. C'est qu'il ne s'agit pas de démontrer, mais de voyager par la pensée, de traverser les références et les discours à la recherche de ce peut l'art, dont on sait depuis le XIXe siècle qu'il a fait de son impuissance une vertu. Chemin faisant, en écrivant et en lisant, on s'interroge sur ce que créer signifie et les pouvoirs, qu'on découvre autre qu'on pensait, de la création. Un des fils conducteurs de ce chemin tortueux est "À la recherche du temps perdu", qui est moins un objet d'analyse qu'un compagnon de route, dans lequel on pioche quand on ne sait plus où aller, qui guide et en même temps égare. Puissances de l'art est un livre proustien. Mais c'est aussi un livre bataillien : la puissance de l'art mène l'auteur jusqu'aux bords du sacré. Propos faussement anachronique tant la littérature est aujourd'hui travaillée par ces questions que l'on n'ose plus poser : comment sacraliser sans séparer, comment accéder à la joie, comment être transformé par ce qu'on lit ou écrit. Le livre doit son sous-titre à une phrase de Samuel Beckett : “Chacune des lances de Proust pourrait être une lance de Télèphe”. Télèphe, accidentellement blessé au cours du siège de Troie par la lance d'Achille, fut guéri par un peu de rouille provenant du fer de la même lance d'Achille.
Sujet :Création (esthétique)
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