Premier cycle de mélodies françaises consacré aux Poèmes saturniens de Verlaine, les Paysages tristes de Charles Bordes constituent une tentative remarquable de mise en pratique de la forme cyclique adaptée au répertoire vocal. En la matière, l'œuvre est à rapprocher – stylistiquement et chronologiquement – de la Sonate pour violon de César Franck, avec qui Bordes prenait alors des cours de composition. L'unité du cahier repose en grande partie sur l'usage de thèmes musicaux récurrents et sur l'importance particulière donnée à l'intervalle de tierce majeure tout au long du cycle, que l'on discerne en particulier dans le plan tonal original de l'œuvre. Dans ce cahier construit en forme d'arche, la dernière mélodie rassemble de nombreux éléments entendus précédemment – elle cite notamment de façon évidente le postlude et le thème pianistique central de la première. Mais le talent de Bordes ne se réduit pas à la réalisation d'une expérience formelle. Toute l'ambiance du cycle traduit en effet de manière saisissante l'atmosphère lourde, maladive, crépusculaire des poèmes de Verlaine. Le compositeur explore cet accablement dans un univers musical empreint de chromatisme et de lenteur, sans toutefois renoncer à de furtives envolées vocales ou pianistiques où se traduit tout le lyrisme de son tempérament.
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