Victor Vasarely est, depuis les années 1950, particulièrement conscient d'un phénomène qu'il appelle « la crise du tableau de chevalet ». Sa réflexion est fondée sur l'idée que ce tableau, si hardi soit-il dans sa conception, ne peut que rester confiné dans le milieu étroit des galeries et des collectionneurs, nuisant ainsi à sa large diffusion et privant la plupart de nos contemporains de la possibilité de vivre dans un cadre à la fois nouveau et beau. C'est dans cette perspective que le plasticien – il rejette désormais le terme d'artiste – a porté toute son attention vers la production de prototypes qu'il utilise, agrandis et/ou multipliés, comme points de départ de nouvelles créations. Son esthétique se double d'une éthique : la beauté jusqu'ici achetée par quelques-uns sous forme d'œuvres d'art peut désormais être mise à la portée de tous grâce aux « multiples » et à la « Cité polychrome du bonheur » qui deviennent trésor commun. Vasarely a écrit des remarques, commentaires, réflexions et analyses qui témoignent de son engagement constant pour un art social et de sa vision du rôle du plasticien dans la cité. Pour ses Notes brutes, il a sélectionné quelques fragments qui éclairent judicieusement ses œuvres et soulignent leur inscription dans l'histoire de l'art du XXe siècle. La réédition de ces notes permet d'expliquer le projet d'un plasticien visionnaire et utopiste.
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