« C'est une grande folie, et presque toujours châtiée – prétend Camus dans Retour à Tipasa – de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de vouloir revivre à quarante ans ce que l'on a aimé ou dont on a fortement joui à vingt. » En juillet-août 1963, sept ans après avoir définitivement quitté la Tunisie à l'aube de son indépendance, Albert Memmi y retourne une paire de mois. Non en touriste chasseur de pittoresque, ni pour retrouver l'espace d'un été la « Tunisie d'opérette » de sa jeunesse, où il « faisait si bon vivre » à l'ombre des ficus, mais pour y observer, en sociologue qu'il est devenu, les avancées d'une « expérience-pilote », à laquelle il avait cru. C'est une immense déception. Au terme de ce séjour, le voyageur esquisse un sévère portrait du décolonisé, qu'il mettra plus de quarante ans à composer et qui fera polémique lors de sa parution en 2004.
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