“Carmen” est depuis peu l'objet d'assauts répétés: la récente mise en scène de Leo Muscato au Mai musical florentin, le livre outrecuidant de Sophie Rabau, les prises de position de certains départements de recherche américains en littérature française, tel celui de la Louisiana State University, etc., tendent à transformer la gitane de Mérimée en icône du féminisme déferlant: elle serait la Libérée, la Femelle toute-puissante, l'emblème des générations de femmes à venir enfin délivrées de l'emprise du mâle judéo-chrétien dominant. Et de faire se « révolter » la créature contre son auteur, se rebiffer le personnage contre son destin littéraire – en interdisant tout bonnement au passage le genre masculin –, et d'essayer d'infléchir ou gauchir le mythe: « Les femmes, les femmes, il n'y a qu'ça » fait dire Offenbach à Piquillo et aux courtisans dans “La Périchole”, illustrant par là leur misogynie libidineuse et facétieuse, couplet que semblent reprendre en chœur les suffragettes neurasthéniques déguisées en amazones d'aujourd'hui… L'involontaire bouffonnerie des temps modernes est décidément magistrale.
Sujet :Critique et interprétation
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