Marcel Maillet fait sienne la conception énoncée, voilà deux siècles, par le poète allemand Novalis et reprise notamment par le vaudois Gustave Roud : " Le Paradis est dispersé sur toute la terre, c'est pourquoi on ne le reconnaît plus. Il faut rassembler ses traits épars. " C'est en effet la tâche du poète de dire la beauté de la nature : une nature dont l'observation maintient en éveil nos capacités d'étonnement, de tendresse et d'émerveillement, mais aussi une nature énigmatique qui fait sa place au mystère, une nature dont les messages sont parfois ambigus, voire contradictoires qui, derrière la réalité tangible laisse entrevoir un monde invisible, qui dit la fin inéluctable de toute chose et laisse entrevoir la possibilité d'une éternité dont la lecture attentive amène à s'interroger sur l'absence ou la présence des dieux ou du dieu. La poésie prend alors une dimension mystique. Sa pratique devient acte de prière. Prière païenne d'aveu, d'action de grâce et d'oblation rendue à la nature, prière d'humilité disant nos ignorances nos doutes, nos imperfections et notre finitude, prière d'espérance ou plutôt de désir quand elle entrevoit l'Éternel dans le vol d'une hirondelle.
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