Si chacun a le pouvoir de vivre selon la raison, comment se fait-il que si peu la suivent, alors même qu'un grand nombre s'en réclament ? Certains voient le meilleur, mais font le pire. D'autres font le pire en croyant qu'il est le meilleur. Tous font tout ce qu'ils peuvent, et se réjouissent finalement de ce qu'ils sont. La philosophie de Spinoza rend compte de ces paradoxes : toute puissance est en acte. Qui peut le plus s'efforce nécessairement de faire le plus et ne peut faire moins. Qui peut le moins fait le moins volontiers, sans pouvoir faire plus. Chacun est aussi parfait qu'il peut l'être, et agit de la façon dont il y est disposé, malgré lui mais de gré, si ce n'est de bon gré. Le concept de disposition, tel qu'il s'élabore dans l'Éthique, permet de saisir la pratique commune des hommes dans un cadre nécessitariste et actualiste, de l'inconstance affective à la régularité des coutumes, des obsessions passionnelles à l'éducation et à l'affranchissement de la servitude. L'existence humaine n'est pas une comédie, encore moins une tragédie. Avec Spinoza, il s'agit d'en produire l'intelligence.
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