« Aujourd'hui, maman est morte ». C'était l'incipit de L'Etranger d'Albert Camus, et c'est par cette phrase que Philippe Michard termine son livre. Il lui aura fallu entreprendre cette quête toujours relancée de sa mère par la médiation de ses amies, toutes confrontées à la vieillesse, aux bouleversements de l'Histoire, à l'oubli. Le livre prend des allures de midrash romanesque, ponctué de commentaires, d'exégèses, d'interrogations, autant sur les souvenirs familiaux, l'histoire de l'époque (la guerre, la décolonisation, Israël), que sur les textes bibliques et la tradition juive que Philippe Michard convoque pour tenter de comprendre son projet d'écriture. Avec au coeur de son livre cette affirmation théologique et littéraire : « Ma mère et moi sommes un et ses amies la représentent ». Le narrateur entreprend de voyager pour retrouver ces amies. Mais il effectue surtout un voyage dans les mots, les phrases, et dans la mémoire juive : « M'approcher de ma mère, c'est m'approcher de ma source, comme approcher de la Torah qui est la source », écrit-il. La mère, c'est la littérature, avec un livre à part, la Bible, et ce livre, un jour, a été pris au sérieux par le narrateur.
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