C'est ainsi que se séparent les deux hommes l'un de l'autre ; Amar et Mokrane, bouleversés, tous deux assaillis de chagrin, l'un rongé par les remords et l'autre inquiet pour sa famille qu'il a quittée depuis si longtemps ! Il n'aurait su même plus dire depuis quand exactement ? Est-ce depuis sept ans ou est-ce depuis que l'idée d'aller au maquis est devenue son unique raison de vivre ? Il se résigne à ne plus y penser... ! De là où il est, il aperçoit sa maison. Elle est comme il y a sept ans, elle est comme dans ses souvenirs, rien en elle ne semble avoir bougé. Tout ce temps passé n'a pu l'user, n'a-t-il donc aucun pouvoir sur les paysages ? Reste-t-il lui-même figé devant ce qui semble être banal, mais qui donne tellement de sens à la vie, ou est-ce nous qui regardons tout ce que nous aimons avec les yeux d'hier ? Oui, le temps a un pouvoir sur tout, sauf sur notre perception des choses que nous aimons. Quand bien même auraient-elles changé, même quand leur place dans notre vie aura changé, nous les regarderons avec les yeux d'hier. Des yeux qui ne nous appartiennent plus, mais qui sont restés ancrés dans notre esprit, or, souvent, ce que nous voyons est indépendant de nos yeux...
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