Cet album exigeant - à moins qu'il s'agisse d'un journal ou d'un roman graphique - est à la fois une petite fabrique de lumière éclairant le temps qui passe et un chemin vers l'effacement. La première nuit nous entraîne à la suite d'un veilleur débutant, garant d'un ordre urbain dont les menaces se précisent au fil des nuits suivantes. Une course-poursuite centrale conduit à des rencontres, à des histoires et fait advenir les personnages. Deux lumières se confrontent symboliquement : celle, scrupuleuse et implacable, du jeune veilleur et celle plus énigmatique de son prédécesseur, un veilleur-vagabond malade qui se nourrit de ferraille. Cependant, pour que le « je » cède la place au « nous », il faut compter avec un troisième personnage, une vendeuse de journaux qui nourrit l'aurore et le récit. Tous inventent une manière de se livrer à la nuit et le décor de la ville est finalement remplacé par un univers lointain, comme antérieur, aux formes courbes. L'orthographe réformée du texte singulier a de quoi surprendre, mais dans cette oeuvre soignée qui a demandé quatre années de travail, rien n'est laissé au hasard. Les images sont d'une richesse infinie : elles forment un choral en bleu, jaune et rouge qui rappelle autant Blexbolex que Giorgio De Chirico ou Paul Delvaux, fait d'emprunts aux arts premiers et peut-être même aux brigands de Tomi Ungerer... À (re)lire au tournant de minuit, en ce moment précis où le temps des horloges cesse d'être palpable et où règne le bleu, la seule couleur qui vaille (sorti en novembre 2014).
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