« Tu as craint longtemps que les baisers, même parcimonieux, que tu te résolvais toujours difficilement à leur donner, fussent des douceurs empoisonnées, ne continssent de la mort, une mort invisible que tu aurais inoculée sciemment. » Alors que l'épidémie de sida fait des ravages, Christophe Bourdin apprend sa séropositivité. Il n'a pas encore trente ans. Étudiant en lettres, bientôt professeur, il est habité par le désir d'écrire. Dans le roman et les pages du journal, il raconte la crainte de la maladie, puis la maladie elle-même. L'auteur s'y donne tout entier, sans rien cacher. Le livre, l'un des premiers grands textes littéraires sur le sida, forme une prouesse d'écriture inouïe, dont la structure épouse le cours du temps. Celui des hypocondries, d'une vie qui bascule l'air de rien. Celui de l'agonie, racontée sans détourner le regard. Et le « temps du rêve », pourtant sans futur. Dans la veine d'Hervé Guibert, le texte est à la fois récit d'apprentissage, vision d'une souffrance qui arrache le cœur et souvenir d'une mémoire commune.
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