« Au début était le Conte, puis s'ouvrit le Grand Livre de comptes et en sortit le Compteur ou l'Homme-aux-comptes. Depuis, le Monde porte des lunettes. » C'est avec cette première proposition que débute L'Art de compter, texte hybride réglé comme une horloge à musique répétitive. Entre poésie, économie et philosophie, le texte laisse la mécanique comptable sortir du sillon, exposer ses motifs, asséner sa logique, affirmer sa volonté, donner la pleine mesure de ses intensités. Peut-on éconduire les bonnes intentions de la fiction comptable humaniste ? Peut-on échapper à la mobilisation comptable ? Peut-on habiter le monde autrement qu'économiquement ? Peut-on se permettre d'être simplement loin du Compte ? Sans répondre directement à ces questions, L'Art de compter laisse le Compte, pris ici comme un objet quasi mythologique, se déployer, exprimer sa démesure, affirmer sa toute-puissance. Si compter est un art et si « la science calcule plus qu'elle ne pense » (Heidegger), l'Homme, ce calculateur précoce, déchiffre autant qu'il chiffre. Mais, ne demeure-t-il pas cet Indéchiffrable veillant au cœur de toute sommation ?
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