« J'ai perdu la photo. La seule photo que j'aie jamais faite que je trouvais vraiment belle. Perdu. Mais je m'en souviens très bien. Je suis derrière Shirin, elle marche au devant d'un paysage immense. La poussière voile les reliefs, la lumière est pourtant intense, la montagne érodée, et le foulard de Shirin tombé sur ses épaules, elle a les bras légèrement ouverts, les paumes aussi, la tête renversée. Elle avance contre le vent. Je prends la photo que je perdrai plus tard. C'est l'été aux alentours de Téhéran. Shirin a 22 ans. Selon le terme en usage ici, c'est une enfant de la Révolution. Elle est née en 1979. Son frère, Fereydoun, est né quatre ans plus tard, un enfant de la guerre. Je suis née entre eux. Ailleurs. En Occident. Shirin de la Révolution et Fereydoun de la guerre, je les ai regardés, reçus, visités, perdus, retrouvés. Aimés. Nos enfances menées parallèlement ont ébranlé ma trajectoire. Nous sommes cousins. » Regard sensible posé sur l'Iran intime, celui où se mêlent les histoires d'adolescentes amoureuses et où la vie avance en dépit des vents parfois hostiles, ce récit d'Émilie Talon est une immersion littéraire dans la vie quotidienne iranienne, dans cette famille de l'auteur qui vit sur des terres à mi-chemin entre réalité et légende. Ancrée au pied des Alpes, Émilie Talon entretient une connivence avec l'Iran où vit une partie de sa famille franco-iranienne. Elle a voyagé et vécu dans plusieurs autres pays.
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