Aux lendemains de la Libération, Ilarie Voronca (1903-1946) écrit « Courtoisie de la fatigue » et tire sa révérence. On s'empressera de dire qu'il a mis fin à ses jours à cause d'un chagrin d'amour, on criera haro sur Rovena et on enterrera aussitôt, l'écrivain et son oeuvre. Mais, ce n'est pas si simple. Les archives retrouvées chez ses derniers protecteurs, Jean et Elise Mazenq, révèlent bien d'autres motifs, bien d'autres responsables. Le contenu de son journal, de ses lettres et des textes inédits permet une relecture de l'ensemble de son oeuvre injustement tombée dans l'oubli. On y découvre l'itinéraire d'un homme incompris, traqué, humilié, blessé. Voronca fut poète de la jeune avant-garde roumaine, romancier, nouvelliste, critique littéraire, il fréquenta les plus grands écrivains et artistes de son époque. Il fut chroniqueur radio, journaliste, diplomate, employé de bureau, berger, bûcheron, exilé, résistant. Ces expériences lui ont permis de composer des oeuvres à la fois personnelles et universelles, des oeuvres philosophiques qui doivent être éditées ou rééditées pour le bonheur de tous. Sa passion pour la langue et la culture françaises aurait dû le placer aux premiers rangs des auteurs francophones. La limpidité et l'authenticité de son style permettent de toucher toutes les générations de lecteurs en quête de repères. Au moment où l'Histoire bégaie, nous avons plus que jamais besoin de son regard lucide et enchanté sur le monde qui nous entoure.
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