La poésie de Saül Ibargoyen est une réponse aux circonstances, heureuses ou malheureuses, personnelles ou collectives, un puissant levier cathartique, un antidote à l'aliénation et à l'emprise des systèmes, à la domination de l'homme par l'homme, toutes qualités qui la placent au niveau d'une vigilance philosophique, d'un viatique moral permettant de renaître à soi-même, pour soi et aussi pour l'autre. Ce n'est pas seulement en connaissance des déracinements, des traumatismes (familiaux, sociaux et politiques) vécus par l'auteur mais dans une fraternité étendue dans le temps et l'espace qu'une lecture de ce recueil peut se tenter, autrement dit en fonction d'une dimension intemporelle – d'une «durabilité multiséculaire» – de la poésie. Ou encore en ayant à l'esprit cette seule réflexion de Schelling, que Maurice Blanchot dit avoir trouvée chez Heidegger: «Celui-là seul est parvenu au fond de soi-même et a reconnu toute la profondeur de la vie, qui un jour a tout abandonné et a été abandonné de tout, pour qui tout a sombré et qui s'est vu seul avec l'infini: c'est un grand pas que Platon a comparé avec la mort.». (extrait de la postface). Édition bilingue.
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