« Pour justifier la longueur de la route, mon père m'avait expliqué qu'il fallait contourner la montagne, que nous allions perdre le sommet de vue, mais qu'il réapparaîtrait dans une clairière magique. Il ne me déplaisait pas de faire une route plus longue, pourvu qu'elle fût plus plate. Au bout d'un moment, il y eut même quelques pentes qui rendaient le sentier plus amène. Je doublais mon père, j'avais un penchant pour les passages qui tiraient vers le bas. Mais il me rappelait lorsque j'avais manqué de tourner sur le bon chemin, car la route, en réalité, montait. Devoir faire retour et remonter ma pente douce bras ballant m'accablait doublement de fatigue. Mais j'ai dû me résoudre à ce fait: il est impossible pour un corps de gagner les hauteurs en descendant. » Denis de Casabianca est enseignant de philosophie en classes préparatoires à Marseille, et fait des recherches sur l'histoire des sciences et des idées politiques au XVIIIe siècle. La paresse est son indécrottable objet d'écriture et de réflexion (par exemple dans son article sur « Gaston, la puissance du paresseux », Philosophie Magazine, hors-série, 2017). Illustration de couverture : Emmanuel Guibert.
Sujet :Paresse
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