baryton et piano
Un poète de cette qualité peut-il disparaître corps et biens? Non pas seul, d'ailleurs : avec Carco, Derème, et quelques autres de cette «école fantaisiste» qui, en marge des bruyantes révolutions de l'art et de la littérature, celles où toujours un clou chasse l'autre, se piquait seulement de savoir faire des vers. Et quels vers! Virtuosissimes, à la fois délectables et délictueux, plus retors qu'il n'y paraît, ne sacrifiant à la rime, luxueuse, au rythme, acrobatique, à l'enjambement, espiègle et farfelu, que dans la mesure où la pensée s'en trouvait plus acérée encore, entre humour et mal de vivre, entre ironie et désespoir. Leur maître, Paul-Jean Toulet, est encore un peu vivant, grâce à quelques accents («Prends garde à la douceur des choses») qui persistent dans toutes les mémoires. C'est à son art de l'esquive, de la pudeur émue, que s'apparentent les deux poèmes de Jean Pellerin que j'ai voulu mettre en musique; on y parle, une fois de plus, de l'amour et de la mort, ces deux figures obligées de notre théâtre; et si dans le second la douleur s'exprime sans ambages, c'est qu'à ce masque-là l'acrobatie d'une rime ou d'un rejet n'enlève rien de sa gravité.
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