Cécile Riou se promène dans Bourges et nous livre ses réflexions. Entre curiosités et réflexions savantes, un beau texte sur une ville. Certains Auvergnats pensent que l'âme de Picsou habite sous la peau verte des lentilles. J'entends cette fin de jour le cri persistant des martinets, comme un trait de craie sur le tableau, un crissement de clé contre la portière, un scintillement de voyelles. J'ai longtemps étudié les usages des fourmis. Il y en a qui vont seules, d'autres montent par pelotons. J'ai reconnu les éclaireurs et les ouvrières. À l'endroit le plus découvert, gagnant le point le plus haut, la fourmi athlète tire la patte d'une araignée-cyclope, cinq fois plus grosse qu'elle. L'équilibre des fourmis n'est pas livré au hasard ; le jeu de leurs chemins me donne les proportions de l'abîme, leur mouvement perpétuel participe à mon équilibre, vital plutôt que mécanique. Je les tâte des yeux. Le mystère est, arrivant à la dernière des huit fenêtres, de surprendre à l'autre fenêtre, en face, un autre fragment de la carte du ciel. La ville est si calme qu'elle me paraît salée.
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