Dans ce nouveau roman, Patricia Gavoille recueille les mots comme des blessés. Elle doit d'urgence les accueillir, les installer avec douceur, les répartir avec délicatesse entre les personnages. D'un côté la Petite, son héroïne, qu'il importe de soulager d'une enfance où les mots, comme autant de gifles, lui sont systématiquement jetés plutôt qu'offerts. De l'autre, la Mère, dont il faut accepter l'incompréhensible dureté et la rudesse pour pouvoir se construire. Patricia Gavoille, une fois de plus, pointe ce qui éreinte, dénonçant dans « Confitures amères » l'enfance maltraitée. C'est en plongeant sa plume à la source de la poésie qu'elle parvient à atteindre les blessures les plus profondes. Ainsi, de son tracé le plus sensible, son écriture fait-elle se rejoindre des douleurs parallèles, des vies parallèles. «- Tu vas manger dis, au lieu de me regarder ? La Petite veut baisser les yeux, se cogne le menton sur le bord de son assiette et sursaute violemment, en se demandant où il faut regarder, dès lors que c'est à elle que l'on s'adresse. Ne pas pleurer, surtout pas, c'est comme si les larmes attiraient les claques. Ne pas recevoir de claques, éviter la peur, la douleur, et ce bruit de cloches dans l'oreille, à chaque fois, qui n'en finit pas, en même temps que Maman crie si fort. Dans son assiette du poulet et des haricots verts.»
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