Je me dis que le moment est venu de mettre un peu d'ordre dans le souvenir. Arrêter le temps, remettre ses aiguilles à leur juste place, en arrière toute. Pari insensé, quand le têtard que j'étais ne maîtrisait ni les mots de l'émotion et de l'instant, ni ceux des choses adultes qui avaient cessées ou peut-être oubliées de grandir. Le souvenir est sans limites, élastique, il se brise parfois sur l'arête d'un récif, se reconstitue sans se préoccuper de la chronologie en une déferlante sauvageonne, s'apaise enfin aux mouvances des rivages, s'y enlise parfois jusqu'à disparaître pour surgir en d'autres déserts. Une oasis l'éclate en mille bourgeons. Le voyageur que je suis s'y perd, et incapable de demander la piste, il la fabrique en toute bonne foi s'accommodant des mirages qui étanchent sa soif de goûter à la vérité, la sienne. Ainsi est la nuit du souvenir, une gigantesque imposture où le réel flirte avec le désir de naître quand je n'étais qu'un têtard en quête de futur. « Chez Claude Soloy, l'écriture est farouchement musicale ; les mots, dans leur polyphonie, y sonnent jusqu'à la déraison, jusqu'au dérèglement maîtrisé de l'archet… Auteur inclassable au style et au propos sacrément décalés… » (Paris-Normandie)
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