Quelle surprise de voir ces deux artistes aux univers si éloignés cosigner un album ! Et c'est donc Bruno Heitz - que l'on attend dans un registre plus humoristique - qui illustre ce texte, inattendu, de Sara. Un texte incisif, accidenté, à l'image de ses papiers déchirés, aussi bref que cette douloureuse parenthèse dans la vie de cette petite-fille et de sa mère ; aussi dur, brutal, que cet homme - qui ne fera heureusement que passer ; aussi plein d'amour que le chien qui raconte l'histoire. Et le choix du narrateur, le chien, donc, de cette famille mono-parentale - qui veille sur l'enfant - n'a rien d'anodin. Qui, mieux qu'un chien, pourrait retranscrire la peur de l'abandon et de la maltraitance ? Le chien a tout de suite senti le danger de ce mufle séducteur, aux manières si rustres. La menace qui plane et l'effet de dramatisation sont accentués par les cadrages et les scènes vues à hauteur de truffe (ou d'enfant) : les images, en contre-plongées ne nous donneront jamais à voir les visages des adultes. Cela contribue sans doute aussi à l'impression de voyeurisme que ressent le lecteur avec ce sentiment de pénétrer dans l'intime. Aucun jugement n'est formulé, ni sur la conduite de la mère, ni sur celle de l'homme, et c'est là toute la force de l'album. Alors faisons confiance aux enfants et souhaitons qu'ils parviennent à sortir plus forts de ce terrible huis clos. (B.A.)
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