Cléo de 5 à 7 est l'œuvre d'une femme cinéaste qui dès son premier film, La Pointe Courte (1957), développe une œuvre singulière et prend une place dans un univers essentiellement masculin. Elle commence son travail de cinéaste au moment où la Nouvelle Vague se constitue et, spontanément, fait des choix proches des conceptions de ces jeunes critiques-réalisateurs. Si elle est proche d'eux, noue des relations avec certains d'entre eux, elle ne fait jamais partie intégrante du groupe. Cette place, elle la revendique tout au long de son travail : “Je suis en marge du système et j'y suis très bien” a-t-elle déclaré en recevant un oscar d'honneur en 2018. Elle n'a cessé, de film en film, de réfléchir au monde qu'elle habite, en l'observant, en racontant des parcours de femmes, en inventant des formes, en gardant une liberté de ton et un humour qui lui sont propres. En étudiant Cléo de 5 à 7, on découvre un film au carrefour du documentaire et de la fiction. On suit le parcours d'une femme qui réévalue son existence et voit son regard sur le monde transformé tant elle est terrorisée à l'idée de la désagrégation du corps et de la mort. On plonge aussi dans l'univers d'Agnès Varda dont la présence est sans cesse manifeste à travers le regard qu'elle porte sur cette jeune femme et une caméra, qui ne s'identifie pas au personnage, mais suit ses propres lois, toujours attentive à la poésie et à la beauté du monde.
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