Étude
Les livres sont-ils de plus en plus épais ?
Des brochures du XIXe siècle aux 200 pages d'aujourd'hui : un siècle et demi d'épaisseur des livres, mesuré sur le dépôt légal.
Dans les années 1850, la moitié des livres déposés à la Bibliothèque nationale comptait moins de 94 pages. Dans les années 2020, cette médiane atteint 199 pages — une progression de 112 %. L'analyse porte sur 3 085 703 éditions dont la pagination est connue, soit 18 décennies de dépôt légal.
L'inflation est réelle mais lente : quelques dizaines de pages gagnées par demi-siècle. Le mouvement de fond est ailleurs — ce n'est pas tant que les gros livres grossissent, c'est que les petits formats disparaissent.
Une dérive lente, jamais démentie
Pages par décennie : médiane et moyenne
Nombre de pages des éditions de chaque décennie de parution (20 à 2 000 pages, rééditions incluses).
Le palier des 199 pages médianes est atteint dans les années 2020. La moyenne, tirée vers le haut par les ouvrages de référence et les pavés universitaires, reste au-dessus de la médiane sur toute la période : la distribution des paginations est dissymétrique, avec une longue traîne de gros volumes.
| Décennie | Éditions | 1er quartile | Médiane | 3e quartile | Moyenne |
|---|---|---|---|---|---|
| 1850 | 47 267 | 40 p. | 94 p. | 238 p. |
La vraie histoire : la disparition de l'imprimé court
Le quart le plus mince du corpus raconte plus que la médiane. Dans les années 1850, un quart des publications comptait moins de 40 pages : brochures, livraisons, pièces en fascicules — l'imprimé court dominait le dépôt légal. Dans les années 2020, ce premier quartile est remonté à 120 pages.
Le haut de la distribution, lui, n'a presque pas bougé : trois quarts des livres tenaient sous 238 pages dans les années 1850, sous 310 pages dans les années 2020. En un siècle et demi, le livre ne s'est pas tant épaissi qu'il s'est standardisé autour de l'objet de 120 à 300 pages que nous connaissons.
Des genres très inégaux
Sur les parutions cataloguées depuis 2015, la pagination médiane s'étire de 63 à 975 pages selon le genre : codes (droit) en tête à 975 pages, ouvrages pour la jeunesse en queue à 63 pages — l'album jeunesse pèse peu face au manuel universitaire.
Pages médianes par genre (parutions depuis 2015)
Les pavés du corpus
Aux marges de la distribution, les ouvrages les plus épais du catalogue sont sans surprise des ouvrages de référence — droit, fiscalité, dictionnaires biographiques :
| Œuvre | Pages | Année |
|---|---|---|
| Debates of the Legislative assembly of United Canada, 1841-1867 Volume I | 2 000 p. | 1970 |
| Entreprise cherche repreneur | 2 000 p. | 1986 |
| Francia-magyar szótá́r | 2 000 p. | 1960 |
Méthodologie & limites
- Périmètre : éditions du dépôt légal parues depuis 1850, agrégées par décennie de parution ; seules les décennies comptant au moins 500 éditions paginées sont retenues. Le catalogage BnF des parutions récentes ayant 18 à 24 mois de retard, la dernière décennie est encore partielle.
- Le nombre de pages est extrait par regex du champ libre
dcterms:descriptiondes notices BnF ; les éditions sans pagination exploitable et les valeurs hors de l'intervalle 20–2 000 pages sont écartées (tracts, erreurs de saisie). - Les rééditions comptent chacune pour une édition : la mesure décrit la production imprimée d'une décennie, pas les seules nouveautés.
- Les médianes par genre s'appuient sur les indexations RAMEAU de la BnF ; seuls les genres comptant au moins 300 éditions paginées parues depuis 2015 sont retenus.
Source : Bibliothèque nationale de France (data.bnf.fr, dépôt légal). Détail du périmètre et de la complétude des champs sur la page Sources des données.