Étude
Où édite-t-on les livres français ? Paris, la couronne et les régions
Paris publiait plus de trois livres sur quatre dans l'entre-deux-guerres, moins d'un sur deux aujourd'hui — et les grandes maisons n'ont déménagé qu'à trois stations de métro.
Dans les années 1930, 71,5 % des livres français paraissaient à Paris intra-muros. Dans les années 2020, cette part est tombée à 48,4 % des 356 062 éditions localisées de la décennie. La capitale a perdu son quasi-monopole — mais la carte qui se dessine n'est pas celle d'une décentralisation classique.
Deux mouvements se superposent : les grandes maisons ont déménagé de quelques kilomètres, vers la petite couronne (10,3 % de la production des années 2020) ; et les plateformes d'autoédition, installées n'importe où, gonflent les chiffres des « régions ».
Le lent reflux parisien
Part des lieux d'édition par décennie (%)
Part des éditions localisées, par décennie de parution (années 1850 aux années 2020).
Le pic parisien date de l'entre-deux-guerres, quand l'édition se concentrait entre le Quartier latin et Saint-Germain-des-Prés. Le reflux s'installe à partir des années 1980, s'accélère après 2000 — et la petite couronne décolle au moment précis où Paris passe sous la moitié de la production.
Un déménagement à trois stations de métro
La « province » qui monte au classement est d'abord… la banlieue parisienne. Poussés par les loyers, les sièges des groupes ont quitté Paris intra-muros pour la périphérie immédiate : le pôle de l'édition française reste massivement francilien, additionner Paris et sa couronne le montre — 58,7 % de la production dans les années 2020, contre 72 % à l'apogée des années 1930.
Derrière chaque ville, souvent une seule maison
Le classement des villes hors Paris révèle la seconde force du mouvement : l'autoédition. Une partie des villes qui émergent ne doivent leur rang qu'à une plateforme unique qui y a son siège, quand les villes d'édition traditionnelle s'appuient sur une maison historique.
| Ville | Années 1990 | Éditions 2020-2024 | Premier éditeur (2020-2024) |
|---|---|---|---|
| Vanves | 684 | 10 845 | Marabout |
| Saint-Denis | 630 | 5 353 | Édilivre |
| Bruxelles | 3 372 | 4 682 | Casterman |
| Lyon | 4 115 | 4 614 | Editions Baudelaire |
| Toulouse | 3 916 | 3 320 | Éd. Milan |
| Nice | 928 | 3 103 | Panini comics |
| Malakoff | 186 | 2 890 | Dunod |
| Grenoble | 2 885 | 2 816 | Glénat |
| Arles | 2 587 | 2 471 | Éd. Actes sud |
| Saint-Ouen | 36 | 2 173 | les Éd. du Net |
| Montrouge | 663 | 2 004 | Bayard jeunesse |
| Marseille | 1 887 | 2 004 | le Mot et le reste |
Vanves, Malakoff ou Montrouge hébergent les marques des grands groupes (Hachette, Dunod, Bayard) ; Arles, Toulouse ou Grenoble portent des maisons historiques (Actes Sud, Milan, Glénat) ; et plusieurs autres villes du classement doivent l'essentiel de leur volume à une plateforme d'autoédition ou de compte d'auteur.
Méthodologie & limites
- Périmètre : éditions du dépôt légal parues depuis 1850, agrégées par décennie de parution ; seules les décennies comptant au moins 1 000 éditions localisées sont retenues. Le catalogage BnF des parutions récentes ayant 18 à 24 mois de retard, la dernière décennie est encore partielle.
- Le lieu de publication est celui déclaré dans la notice BnF. Les graphies sont normalisées (crochets d'incertitude, mentions de département) ; pour les co-éditions multi-villes, seul le premier lieu est retenu. Les éditions « sans lieu » ([S.l.]) sont écartées.
- « Petite couronne » regroupe les communes des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne observées dans le corpus. « Régions & étranger » couvre tout le reste, y compris Bruxelles, Genève ou Montréal.
- Le lieu rattache une édition à l'adresse de son éditeur, pas au lieu d'impression ni à l'origine de l'auteur. L'essor des plateformes d'autoédition déplace mécaniquement des volumes importants vers leurs villes-sièges.
Source : Bibliothèque nationale de France (data.bnf.fr, dépôt légal). Détail du périmètre et de la complétude des champs sur la page Sources des données.