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Étude

L'autoédition a-t-elle dévoré l'édition française ?

Quasi inexistante pendant un siècle, l'autoédition et le compte d'auteur pèsent aujourd'hui une part massive du dépôt légal : la bascule, décennie par décennie.

Publié le 18 juin 2026 · Données BnF (dépôt légal) · Libre de citation avec lien

Dans les années 2020, 13,5 %de la production cataloguée au dépôt légal relèvent de l'autoédition ou du compte d'auteur. La bascule s'est jouée dans les années 2010, première décennie à franchir la barre des 10 %. Une révolution silencieuse : pendant tout le XXesiècle, ces éditions sans maison traditionnelle sont restées une goutte d'eau — 0,1 % dans les années 1950, 1,5 % encore dans les années 1990.

Au total, 166 560éditions autoéditées ou à compte d'auteur figurent au catalogue, sur 4 145 210éditions datées depuis 1850. C'est ce volume qui, réintégré au classement des éditeurs, propulserait l'Harmattan et Édilivre loin devant Gallimard et Hachette — d'où leur mise à l'écart dans les vues d'ensemble.

Part récente13,5 %production des années 2020
Décennie de basculeannées 2010première au-dessus de 10 %
Éditions autoéditées166 560cumulées au catalogue
Corpus étudié4 145 210éditions datées depuis 1850

Un siècle de quasi-rien, puis l'explosion

Part de l'autoédition & compte d'auteur par décennie

Pourcentage des éditions cataloguées (rééditions incluses) publiées par une plateforme d'autoédition ou une maison à compte d'auteur, par décennie de parution.

La courbe est plate pendant plus d'un siècle, puis décolle brutalement avec l'arrivée des plateformes d'impression à la demande au milieu des années 2000 — BoD, Édilivre, Le Lys bleu — et la montée en puissance de maisons à compte d'auteur comme l'Harmattan. Le dépôt légal, qui enregistre chaque livre quel que soit son mode de publication, donne à voir ce que les classements de ventes masquent : une part croissante de la production imprimée française ne passe plus par l'édition traditionnelle.

Méthodologie & limites

  • « Autoédition » et « compte d'auteur » désignent ici le type de marque tel qu'il est apposé par un référentiel curaté (une douzaine de plateformes d'autoédition et environ dix-sept maisons à compte d'auteur). Les marques non classées (type inconnu) sont comptées hors autoédition : la part mesurée est donc un plancher.
  • La mesure porte sur les éditions (rééditions incluses), pas sur les œuvres distinctes : une plateforme qui réimprime massivement pèse à proportion de son volume catalogué.
  • Le dernier point décennal est amputé par le retard de catalogage de la BnF (18 à 24 mois). La part étant un rapport, numérateur et dénominateur sont tronqués ensemble, mais l'échantillon récent reste plus petit et donc plus sensible.
  • Décennies restreintes à 1850 et au-delà, et à au moins 50 éditions datées : les millésimes trop épars sont écartés.

Source : Bibliothèque nationale de France (data.bnf.fr, dépôt légal). Détail du périmètre et de la complétude des champs sur la page Sources des données.